Accueil du site | Accessibilité | Rechercher | Menu | Contenu | Plan du site | | Contact

---------------- Hafiline Blog ----------------

---------------- Hafiline Blog ----------------

 
Statistiques du site
Visites :
4 visiteur(s) connecté(s)
12 visiteurs par jour
19089 visiteurs depuis le début
Publication :
319 Articles
1 Brèves
0 Sites référencés

Brèves

CATHARSIS RATEE

D’une tige à l’autre des deux plantes grasses installées à chaque bout de la table de jardin elle a lancé un long fil. Et tissé une fine toile dont j’ai osé effleurer la gluance quand elle s’est installée sur une épine où peut-être elle guettait ses proies. Et je me suis installée pour l’admirer, attentive à ne rien briser de son filigrane défiant l’invisibilité.

Je répugne à détruire et à tuer, sauf, d’une chiquenaude, les mites et les moustiques trop prédateurs à mon goût de ma peau et de mes tricots. Et je transporte mes escargots friands de jeunes pousses dans des espaces lointains et herbeux sans souci de leur survie aléatoire. Tout ça pour annoncer que j’ai décidé d’une mort, et que ce souvenir me taraude à tout moment du jour et du réveil, érodant mes certitudes.

Je marchais, et vis un chaton misérable blotti sous une voiture. Il avait une patte cassée, purulente, je l’observai, et entamai une conversation avec un habitant du quartier qui nourrissait les chats errants, et ce chaton en particulier sans jamais pouvoir l’apprivoiser. Il aurait, selon une voisine, été enfermé une semaine dans une cave .Spontanément, et parce que cette rencontre était, selon le code de superstition auquel je suis soumise, un signe du destin, je décidai de tenter de capturer l’animal pour le conduire chez un vétérinaire. Je laissai mon numéro de téléphone au monsieur compatissant, et le lendemain en soirée on m’appela. Le monsieur aidé de ses fils avait réussi à emprisonner la misérable créature, qui s’était débattu en vain, affolé, dans une cage où ils avaient posé des croquettes.

Il ne nous restait plus qu’à localiser la clinique vétérinaire ouverte la nuit et y amener le chaton soudainement apaisé et curieusement absorbé, au fond de la voiture, à manger ses croquettes Nous avons laissé l’animal aux bons soins du docteur pour qu’il l’examine et recherche les marques d’un éventuel propriétaire.

Je téléphonai le lendemain, pour apprendre que la blessure était déjà ancienne, qu’aucun propriétaire n’avait été décelé et qu’il n’y avait d’autre solution que de l’amputer, ou d’euthanasier un animal en piteux état depuis longtemps déjà. Je marchandais longtemps avec mon interlocuteur qui finit par me persuader que la meilleure solution était d’endormir pour de bon le chaton qui, suivant son expérience, aurait eu une existence douloureuse à la fois pour lui-même et son nouveau maître, et que le tuer était pour lui le bien.

Je décidai de sa mort, et ne m’en suis pas encore remise, réellement épouvantée par la découverte de mon pouvoir salvateur ou destructeur sur un être vivant que, à l’origine, j’avais envisagé de soigner et d’adopter . Je reste depuis des jours dans un état de déséquilibre et de culpabilité dont je n’arrive pas à me débarrasser. Ce tourment incongru doit avoir des racines et des radicelles tenaces fichées dans une histoire personnelle peuplée de chats et de contradictions. Mais la clé se trouve là : la conscience et les applications d’un pouvoir exorbitant que je pressens s’être déjà exercé innocemment ou à mon insu sur les êtres vivants qui m’entourent. En tous les cas ce chaton mort me suit à la trace et peut-être remet-il avec violence, pour une sorte d’éternité, mes idées en place de choix.

Je suis retournée voir l’araignée mais la pluie avait détruit la toile, je n’ai pas pu m’en servir de baume dérisoire pour calmer cette salvatrice angoisse.

calle
calle

VOYEURISME

Depuis ma découverte de l’hermaphrodisme des courgettes (et aussi d’ailleurs du plantain) il m’avait pris l’envie d’aller y voir de plus près, sous les rugueuses feuilles bicolores géantes et crissantes du pied de courgettes rondes que j’avais implanté dans mon jardinet.

Leur sexualité est bien cachée, sauf au milieu du jour quand les fleurs mâles et femelles s’ouvrent à la lumière pour une brève éclosion qui ne dépasse pas la journée. Je me suis accroupie, dégageant un passage sous les énormes feuilles pour observer, disparaissant sous mon immobilité, l’abeille empressée à récolter le nectar qui allait polliniser mon domaine.

Et j’ai voulu décortiquer le mystère, emportant dans la maison les organes recroquevillés pour de bon une fois leur mission accomplie. Ma sensualité s’en est bien trouvée. J’ai caressé les corolles jaune d’or qui enchevêtraient les pétales pour mieux se protéger de mon viol. J’ai ouvert, pour offrir à la lumière une dernière fois , les étamines couronnant un sexe délicat, et le pistil encore gonflé de suc, avant d’abandonner à une pourriture noble et à des dieux multiplicateurs de sens le produit de ma dévastation..

calle
calle

PAUL JORION

Juste pour vous donner l’envie (ou la fringale) de consulter le blog "paul jorion" dont je me repais et où le texte ci-dessous a paru dans les commentaires de la vidéo "le temps qu’il fait" du 6 août dernier.

Avant de reprendre ma dévoration du blog, et de risquer de m’étrangler en avalant de trop gros morceaux de ses commentaires, je fais une pose pour digérer, et aussi me débarrasser de mots encore embryonnaires avant qu’ils n’empoisonnent, en la saturant de miasmes, une pensée qui ne sait plus vers quelle direction suinter ou éclater.

Pour commencer je me rappelle ma profonde angoisse adolescente quand un de mes professeurs nous avait conviés à imaginer un animal, disons un poisson, qui n’aurait que deux dimensions. Et, disait-il, ce poisson n’aurait qu’un tout petit geste à faire pour découvrir la troisième dimension, changer sa relation au monde et qui sait changer ce monde lui-même. Et, ajoutait-il, vous êtes semblables à ce poisson encore ignorant et porteur d’un pouvoir immense qu’il vous faut débusquer et mettre en branle. A cet instant de ma piètre et encore impuissante réflexion, je reprends ma lecture sporadique de ce délicieux livre de Edwin A.Abbott publié en 1884 :« Flatland, a romance of Many Dimensions » où l’auteur, mathématicien, nous fait pénétrer, avec un humour ravageur, dans les mondes bidimensionnel et unidimensionnel où des êtres, semblables à nous et prisonniers de logiques absurdes qui sont aussi les nôtres, refusent d’aborder la vérité et emprisonnent les découvreurs lucides dans une prison étanche..

Bon, que faire dans la réalité, après avoir absorbé des connaissances, pour condenser ces petits gestes que nous recommande La Boétie dans son discours fameux ? Il me tarde, à mon échelle, , à mon « grand âge », d’agir, avec la communauté que nous sommes devenus en intégrant le blog, autrement qu’avec les mots nourriciers

J’en suis là. Je pressens mon formidable pouvoir en tant que consommatrice, et n’ai réussi, pour l’instant, qu’à rejoindre un groupe local et acheter mes légumes à un producteur de mon coin, sinon sur mon marché proche. Et aussi à adopter une forme de vie où la voiture prend de moins en moins de place au profit du déplacement de mon corps. C’est peu et c’est beaucoup. Je ne suis pas en mesure de peser pour une déprivatisation du crédit, et pour une possible interdiction des paris sur les fluctuations de prix (quoi que …) proposées par les phares Lordon et Jorion. Peut-être pourrais-je militer avec Paul Aries lors d’une grève générale de la consommation. Peut-être pourrions-nous devenir actionnaires groupés de ces grandes multinationales et tenter de les ronger de l’intérieur.

Enfin je me sens frustrée, non pas parce que je suis en manque, mais au contraire parce que mon énergie d’électron libre s’auto-alimente, comme la mère pour faire du vinaigre, ou les grains de kéfir proliférants, et se gonfle et s’outre sans exutoire.

Si j’ai bien compris, nous, les lecteurs et acteurs du blog, sommes qui sait prêts à entrer dans une action de terrain, et l’Argentine nous a donné l’exemple. Comment se soulever, peser enfin sur nos propres vies en passe de subir une tiersmondialisation de notre univers ?

calle
calle

ALGUES DE VIENNE

Vues du Pont Henri IV à Chatellerault

Ophélies languissantes, elles laissent le courant lisser leurs longues mèches effilées et arcqueboutent leurs racines casanières dans le mystère de profondeurs propices au rêve.

Délicat envahissement blanc, les renoncules des rivières, minuscules joyaux éphémères, ont colonisé leur parcours ondulé et scintillent au soleil comme des étoiles naines devenues terrestres et irrémédiablement mortelles.

Accoudée au pont, exilée de leur territoire, en proie à une constellation opaque de sensations, j’ameute déjà les mots rudes qui ne réussiront pas à les atteindre et fracasser à coup de boutoirs inutiles leur indicible beauté.

calle
calle

VENALITE

Sur le trottoir à la porte du bistrot une femme assise sur les marches fume, entourée de ballots.

Sur la chaussée, l’observant, je jugule mon impatience au feu rouge .

Nos regards croisés se fondent en sourires esquissés, prêts à se résorber .

Une connivence singulière surgit d’un appel que je ressens pressant, urgent, douloureux, réifié dans un tout petit signe de sa main.

Je lui fais signe d’approcher, invoquant le feu rouge pour qu’il nous soit bienveillant et retienne le temps propice à l’échange timide condamné à s’annihiler dès le passage au vert.

Je lui donne la moitié de ce que contient mon porte-monnaie, et déjà je suis honteuse ; pourquoi ne lui ai-je pas donné tout ?

L’argent catalyseur d’échange, frontière entre nos deux mains, pollué par d’autres passages, pollueur tout puissant, a censuré les attouchements.

Nous nous quittons, fracassant notre dernier sourire en particules de mémoire vive..

.

calle
calle

SILENCE

Plonger dans la bienfaisante inertie

Déloger l’araignée casanière à la frontière du mur et du lit. L’emprisonner dans le journal aux phrases desséchées et la bannir, inexorablement, de son refuge inédit, interdit, vers le jardin et ses férocités.

Epargner les branches mortes de l’abricotier pour y tolérer les oisillons piailleurs, innovateurs de métamorphoses en fruits ailés.

Observer l’irrépressible obstination des rosiers à coloniser la terrasse,

Préserver le nid démasqué sous son amas d’épines proliférantes

Traquer des yeux les bourdons avides de pollen dans leur sac floral

Ameuter les sensations, les essorer jusqu’à la dernière goutte de sens, et fondre d’inanition

Acculer les mots au silence.

.

calle
calle

BOUT DE JOURNAL 29 JUIN 2010

Le fil d’Alice

J’en ai suivi un bout il y a longtemps en lisant les récits du divin diacre, le magicien qui jongle avec le temps avec une bonne longueur d’avance sur nos physiciens de la sphère quantique, je veux parler bien entendu de Lewis Carroll découvreur du pays des merveilles et subjugueur des miroirs.

Alice (de noble race au sens étymologique) n’arrête pas d’apparaître du haut de ses neuf ans dans l’imaginaire des créateurs. Il y a « Alice dans les Villes » de Wim Wenders lucide, ignorante de la peur et créatrice elle-même d’émotions, et Alice devenant femme dans le film de Tim Burton projetée dans le futur sans rien abandonner de sa candeur frisant le scandale de l’innocence.

Et maintenant, Alice dans le délicieux dessin animé « l’Illusionniste » sur un scénario de Jacques Tati » resté en suspens pendant soixante ans, et réalisé par Chomet après ses « Triplettes de Belleville »

Alice chemine sur la flèche du temps, enchanteresse pérenne qui contrôle les accélérations et les pauses, à l’affût des magiciens de la création que sont les poètes, ces illusionnistes fécondeurs d’images et de mots.

calle
calle

BOUT DE JOURNAL - 20 juin 2010

En marge du Sommet de Zermatt (Zermatt Summit sur le net) avec pour thème ( : humaniser la globalisation), quelques réflexions balbutiées.

Que nous participions, actifs, résignés ou impuissants, à la fin d’un monde qui ressemble de plus en plus dans son agonie à un risible théâtre de marionnettes (c’est Shakespeare ou le grinçant Thomas Bernhard qui l’ont constaté avant l’indécrottable candide que je suis), c’est évident .

Où allons nous ? Comment réfléchir, agir collectivement à la vaste échelle humaine et à son maigre mais indispensable niveau ? Les interviews des participants au premier Sommet m’ont donné quelques pistes, en particulier celles des chefs d’entreprises attentifs à socialiser leurs compétences et leurs pratiques en faveur de leurs salariés au sein de leurs sociétés ou associations ; Ces dernières sont à la fois prédatrices prudentes du bien commun et à la merci de ces autres prédateurs bien ancrés dans une réalité à l’affût de ces tentatives éthiques que j’imagine en chenilles (ça y-est, ma nature a repris le dessus) que le système en place doit annihiler ou absorber avant qu’elles n’atteignent le stade de la chrysalide et l’envolée vers une fragile et bienfaisante métamorphose.

J’en profite pour glisser vers cet Edouard Glissant qui veut faire entrer la poétique dans la politique à l’instar de ce voyou de voyant (Rimbaud) qui a colonisé la littérature et magnifié la Commune Il est prêt à explorer avec d’autres « le champ de prospection de tous les imaginaires du monde » afin de le réformer, ce monde englué dans son absurdité vénale.

Pourquoi ne pas inviter pour le prochain Sommet quelques uns de ces visionnaires, et tenter d’amener à faire bifurquer les pratiques aveugles des détenteurs de bouts de capital plus ou moins ignorants vers des voies raisonnables où cet imaginaire dont parle Glissant trouverait à s’ancrer ou déverser des ondées de sens ?

Pour ma part, je n’en suis qu’à la réflexion et aux pratiques cahotiques de consommation tout en pressentant que je suis au bord d’une dimension qui contiendrait les clés pour atteindre une efficacité qui a bien du mal à s’exprimer en actes et en propos (« ça veut dire ce que ça veut dire et dans tous les sens » écrivait Rimbaud.

calle
calle

SALIVE

« il écoute chanter leurs haleines plaintives

Qui pleurent de longs miels végétaux et rosés

Et qu’interrompt parfois un sifflement, salives

Reprises sur la lèvre ou désir de baisers » ….

Rimbaud, « Les chercheuses de poux »

Et voilà que je me sens propulsée vers ces chercheuses de poux alors que j’arrache dans le jardin des herbes dites mauvaises, curieux avatars des lentes que deux grandes sœurs traquent et font crépiter dans les cheveux du poète adolescent.

Ces salives retenues, apprivoisées, elles accompagnent aussi bien mes douces et irrémédiables destructions de racines que les élaborations festives de pâtisseries quand je plonge sereinement, voluptueusement, des doigts experts dans la farine aspergée d’eau, et que j’ai envie d’y libérer la salive chuintante suspendue à ma langue.

La relation de faits où la salive méconnue, engeôlée, affleure les lèvres et l’espace est probablement infinie. Elle reste là, à l’affût des désirs, poétique et liquide semence de sens, prête, si l’on n’y prend pas garde, à se métamorphoser en crachats.

calle
calle

INVECTIVE LARVEE

Je commence à me poser des questions. Alors que jusqu’à présent les mots en gestation dans mon crâne et mon estomac se poussaient vers la sortie en bandes à peine organisées, égratignaient ou griffaient profond mes pensées et me condamnaient à un accouchement douloureux, voilà qu’ils se cachent dans mes tréfonds, refusant de grandir comme des petits tambours, silencieux, bardés de baillons, négligeant mes affûts, et je me trouve condamnée à une impuissance aride, à une immobilité verbale qui pétrifie mes misérables velléités.

Je reste là, asséchée, à me démener, confinée dans le domaine bien clos où je cisaille les rosiers qui me narguent avec des fleurs en bouquets proliférantes dont je sublime le parfum en les condamnant à une réclusion (eux aussi !) dans un vase, où j’examine les timides bourgeons des poivrons juste plantés, où je déguste à petites goulées faute de m’en empiffrer les fraises des bois venues d’ailleurs, où je scrute le mimosa rescapé de deux gels et du massacre de ses racines avant de migrer insidieusement chez le voisin, où je jugule les lilas blancs, où je perds ma respiration .

Existe une bribe d’explication nourrie de l’air de ce temps voué à la mondialisation Les mots traversent maintenant les frontières à la vitesse de la lumière, traversent les écrans , les ondes, les journaux et se volubilisent jusqu’à une flamboyance inquiétante de fin de sens. Véhicules en passe d’affolements, petits phaétons inconscients qui se diluent à ras de terre dans un verbiage propre à engloutir les réflexions, ils tissent des toiles où je m’englue et me démène pour les purifier et les asservir à mes forceps inquisiteurs.

Alors les mots rebelles, allez-vous enfin sortir de la tanière profonde où vous me dégustez à petit feu, où vous cultivez une misère qui sait source de rebonds vers une fécondité épurée ?

calle
calle

LE PAIN FRIANDISE

Il fallait bien arrêter d’alimenter mes kilos et faire barrage au chocolat et aux gaufrettes qui n’attendaient que ça, sortir du placard et m’agresser en douceur quand j’étais affalée, vulnérable, devant le poste de télévision, cet autre prédateur insidieux.

Alors que faire ? Me priver de grignotage et m’installer dans un manque qui risquait de devenir insupportable ? Privilégier la tartine avec du beurre et de la confiture ? C’était encore trop riche. Je me rabattis sur la tartine toute seule, non pas celle du pain blanc inerte, insipide, amputé des éléments qui lui permettraient de rester vivant et mangeable quelques jours, mais celle du pain bis, résolument bio, que je soumets quelques minutes à la chaleur du grille-pain en essayant de ne pas l’oublier et le laisser se calciner malgré le mince nuage de vapeur annonciateur de la destruction en marche.

Depuis, je m’installe dans la délectation. La saveur au parfum de terroir affleure dans chaque petit grain de la croûte qui résiste à la salive et je fais durer le plaisir en me laissant transporter, immobile, dans le passé où il n’était que promesse à moi seule destinée.

calle
calle

MARRONIER EN QUETE DE BAVARDAGE

La branche coulait à hauteur de mon front.. Un bouillonnement de fleurs accrocha mon regard et m’immobilisa. Un amas de corolles rondes et pâles, avec deux taches rouges symétriques comme des yeux étonnés qui avaient l’air de me poser des questions.

Plus tard dans la soirée je revins vers l’arbre et l’amputai sans vergogne du bout de branche qui m’avait provoquée et le mis dans l’eau à la maison avant de l’examiner et de décider si j’avais des réponses adéquates, ou bien tout simplement la berlue

Il fallait faire vite car les fleurs se fanaient et leurs tendres provocations risquaient de perdre de leur possible virulence. Déjà elles se recroquevillaient autour de fines excroissances blanchâtres qui perdaient leur verticalité pour se recourber en minuscules guirlandes vers le sol.

Ma culpabilité de casseuse disparut. Après tout, sans mon passage, elles auraient fini par disparaître pour céder le terrain à une promesse de marrons même pas comestibles et je leur offrai la revanche, la possible immortalité .irraisonnée de mes mots.. Les taches rouges oculaires commençaient à perdre de leur acuité, à s’acheminer vers l’effritement général de mon butin. Après tout, me calfeutrant dans mon mutisme, je venais quand même de leur offrir un sursis de vie même misérable, après leur bannissement de l’arbre que les passants aveugles se contentaient de contourner.

Il me reste à me repaître du spectacle des petites agglutinées dans leur agonie, certaines ont commencé à disparaître dans la poussière du parquet, je reste là avec leurs questions fondues dans les miennes , et je subis la torture de mes manques et de mes divagations.

calle
calle

CORPS LOCAL ET GLOBAL

Ce corps que j’habite – ou qui m’habite je ne sais plus – je l’imagine tout simplement en clone miniaturisé de cet autre corps tout aussi minuscule dans l’univers qui est la planète terre.

Les plus ou moins doctes savants s’efforcent de poursuivre cette mise en abîme jusqu’aux confins de la matière pour y découvrir une origine qu’ils situent, en l’état actuel de la physique, au moment d’un possible « big bang ». Soucieuse de la santé de ma petite enveloppe de chair et de pensées, accroupie sur mes ignorances, j’observe de très loin, en essayant de comprendre, péniblement, les travaux de spécialistes avérés ou autoproclamés.

Tout ce modeste préambule pour tenter de m’appesantir maladroitement, poétiquement (je n’insisterai jamais assez sur la puissance rentrée de la poésie) avec effort, sur le sort économique, anthropologique, ethnographique, politique et tout ce qu’on voudra, de cette planète bleue, qui m’héberge et m’inquiète. Paradigme du corps humain, elle est composée de parties indissolublement liées programmées pour assurer un fonctionnement optimum plus ou moins aléatoire.

Nombre de mes semblables dont je suis, le clament. Nous sommes arrivés à un point que je pressens vital où la fragilité l’emporte sur une simili cohérence économique frelatée de plus en plus contestée. Et cette fragilité est révélée dans les signes que chacun d’entre nous peut entrevoir ou recevoir en pleine poire .

Il y a les démangeaisons, prurits de langages cyniques ou dévoileurs avares d’impuissances justifiant l’application absurde d’une chape de baumes épais de dollars par milliards de milliards. Il y a les purulences qui éclatent soudain en marées noires et en chasses exterminant des espèces. Il y a des peaux qui éclatent en émeutes et peinent à se reconstituer pour assurer la survie du corps tout entier.

Et il y a les organes enfouis, qui subissent ou résistent secrètement aux atteintes des folies de la nature ou de la dégradante folie humaine, sous les landes et les océans, dans les viscères et les alvéoles des poumons, et je m’efforce, sous mes attifiaux de culture et m’appuyant contre l’étai de mes pauvres neurones, d’affronter les probables réalités et vérités qui vont me permettre de respirer.

Il me reste à engager plus avant ma petite personne, à favoriser l’éclosion des fleurs et l’insurrection des fruits et des légumes, et à crier ma volonté de renverser un système poreux qu’il convient d’ébranler par chiquenaudes, comme l’a dit Etienne de La Boétie dans un discours fameux.

calle
calle

BROUILLEMENT

BROUILLEMENT

Je l’avais à peine repérée en train de se hâter vers la bibliothèque et disparaître sous un fauteuil, et me suis renfoncée illico au fond du canapé, .espérant qu’elle ne viendrait pas me piquer pendant la nuit. Je l’ai retrouvée au matin dans la caisse du chat, essayant d’échapper avec difficulté aux granulés blancs absorbeurs d’urine. J’ai pu la piéger sur une feuille sacrifiée du rosier et la libérer dans le jardin.

Trêve de futilités nécessaires. L’important c’est l’état du monde où j’agonise avec lenteur auprès de mes semblables, dégustant amertumes et délices, et qu’il me vient sporadiquement l’envie d’analyser. Pour éviter les pièges tentateurs de paresse ou d’étourdissement de mon minuscule domaine, je me suis dirigée vers le jardin public tout proche, voulant y trouver, au profit de mes réflexions, le calme policé, les herbes bien rases impossibles à arracher, les massifs floraux ordonnés, la régularité lénifiante et précise propice à l’éclosion de mes élucubrations.

J’y trouvais au contraire un tas de mes congénères, rassemblés là pour un pique-nique après une fête de la musique locale dont j’avais pu absorber la tonitruance quelques heures auparavant. Assise, j’ai observé à la dérobée. . Les stries véloces et criardes des enfants encore déguisés parafaient de leurs courses et en tous sens mon horizon. Des parents amoureux se caressaient, De jeunes femmes apparemment imbues de leurs défauts physiques paradaient, quelques anciennes cabossées et courbées se dirigeaient vers le clos des veuves repliées et curieuses.

Je me sentais bien dans mon pantalon rose, couleur qui prédominait dans les habits des enfants mais que les parents avaient rejetée de leur propre accoutrement .. Les éclats de rire et les cris appelant surtout un Adrien en vadrouille tissaient autour de moi , à l’écart, , un anti-réseau spéculaire de silences en passe de se barder de langages confus. Je me rendais compte, observatrice pétrifiée sauf pour le bout des doigts qui couraient sur le papier, que j’étais invisible – ou transparente –exclue des clans qui s’ébattaient sur la pelouse à confidences et dont les enfants alentour organisaient la métamorphose des cailloux.

Les familles repues et fatiguées commencent à se disperser. Je vais bientôt tomber dans le puits d’Alice et m’écorcher sur les parois où m’attendent des aspérités d’angoisses et d’incertitudes. Enrobée de soleil je m’achemine avec réticence vers l’extraction du texte ardu, germe fragile qui s’est fourvoyé, le temps d’une fête, dans un enclos de béatitude.

calle
calle

GREFFE DE CHAT

Cette chatte, écaille de tortue avec un plastron d’une blancheur immaculée, et qui m’a choisie d’emblée il y a quinze ans dans le refuge de la SPA, fait preuve depuis quelques mois d’une opiniâtreté sans faille.

Elle a pris possession de mon corps dans toutes ses positions. Allongée sur le canapé, je supporte son corps, étiré jusqu’à aborder mon cou et lécher un bras levé avec les minuscules épines de sa langue rugueuse. Lovée en chien de fusil, je la sens se boucler au creux de mon genou, et reste attentive à ne pas laisser inoccupé le plus petit morceau de tibia. Assise dans la cuisine à savourer mon frichti, je la vois s’installer à mes pieds avec des miaulements incitatifs de caresses, de celles qui vont tisser un réseau ténu et embrouillé de communication, et je dois faire attention à ne pas rompre trop brutalement le lien en bondissant vers la casserole où l’eau bouillonnante commence à renverser le couvercle.

Cette chatte qui accompagne mon vieillissement cherche à se greffer, c’est évident, et je la laisse explorer ma peau pour y piéger la moindre goutte de sueur odorante, succulente, ou y trouver des pores prêts à l’enracinement. Je reçois ces tentatives d’animalisation avec une espèce de bonheur que je veux rendre au centuple à la chatte claudicante qui revient du fond du jardin où elle s’est gorgée de soleil jusqu’au soir. Car depuis le début de notre connivence je l’ai humanisée, forgée à mes désirs, à mes colères, à mes coups qu’elle reçoit en proférant des cris égrillards, indignés, furieux qui me remettent instantanément dans le droit chemin de la calme raison.

Animal je me ressens enfin, avec la certitude que cette animalité retrouvée me précipite dans le placenta essentiel où je vais me nourrir et trouver le pan du monde qui m’est dévolu, grâce à cette chatte providentielle ouvreuse de voies. Et dans mon jardin microcosme, délaissant le livre de Foucault que je confie pour un temps à une planche, et repoussant la chatte qui observe à mon insu l’univers, je plonge mes mains avec délice dans la terre pour y arracher sans pitié quelques herbes déclarées mauvaises, prête, végétalisée, au saut qualitatif vers le temps infini où je n’étais qu’un embryon de graine et où des mots incohérents attendent mon intrusion pour exploser ou suinter dans un capharnaüm de sens et de dérision.

calle
calle

ORAGES

J’oscillais entre deux orages. Celui du dehors que j’observais, affalée dans le fauteuil collé à la fenêtre, attentive à déceler derrière les nuages un brin d’éclaircie, et celui du dedans, fixé dans le tableau que j’avais rapporté d’une Afrique (aussi noire que le ciel du jour où je vivotais) où je m’étais liée d’amitié avec Stanislas Bosulu, venu de la campagne vendre ses tableaux sur le place du marché de la capitale. Il faut dire que je lui achetais presque toutes ses toiles et que je réussis, à mon retour, à les faire exposer dans une grande galerie parisienne où une collectionneuse américaine acheta un léopard. amputant ainsi ma propre collection..

J’allais souvent rendre visite à Stanislas dans la grande cité indigène où subsistaient dans leurs cabanes les habitants, et plusieurs fois j’ai fait sangloter à mon passage des petits enfants abasourdis qui n’avaient jamais vu de peau claire. Seule de ma condition dans un milieu déclaré hostile par l’ancien colonisateur, Il m’arriva une fois de me sentir attirée vers une silhouette blanche attablée dans un bouiboui avant de m’approcher et de constater qu’il s’agissait d’un albinos. Mais je n’eus jamais peur. La peur m’est étrangère, sauf rétrospectivement, quand je me souviens d’un danger qui m’a dédaignée

Le tableau de Stanislas raconte un village sous l’emprise d’un vent violent qui a déjà déraciné des palmiers et abattu deux cases. Une famille se hâte vers un abri, et une fratrie nombreuse de canetons rejoint une minuscule mare. Les nuages s’essorent en maigres gouttes blanchâtres impuissantes à débusquer des traînées de clarté, et qui n’arrivent pas plus à entamer la sensation obscure qui me tient sous le charme de l’épisode sombre et brutal qui a colonisé un de mes murs

Soudain, un triangle de lumière s’inscrusta au centre du tableau, provoquant une tension anachronique qui d’abord m’irrita puis m’enchanta. . Le soleil près de ma fenêtre avait réussi à darder un de ses rayons sur le tableau et l’amender mystérieusement pour en faire une nouvelle création seulement à mon intention. Je n’étais pas dupe, elle était provisoire, condamnée à disparaître au gré du temps ou du cheminement des nuages au dessus de ma maison. Mais pendant le cours de son existence éphémère, une fécondation s’était opérée, scellant deux continents dans une compréhension occulte, clandestine, qui pourrait qui sait faire germer des graines dans l’imaginaire des voyeurs et des lecteurs.

calle
calle

BABELISATION

BABELISATION

Une mondialisation éclatante ou rampante est à l’œuvre, et part à la conquête de nos gênes les plus coriaces, de nos pensées les plus rebelles. Il convient d’en rester conscients avec acuité pour organiser les résistances.

L’homogénéisation de la planète est en marche, en passe de coloniser, en amputant par petits morceaux la biodiversité, nos goûts et nos désirs, afin de mettre sur le marché des légumes et des fruits aussi calibrés qu’insipides, et ne concéder à la faune sauvage que des réserves où les réfractaires à l’ordre ambiant tentent de préserver une nature à la férocité durable (jusqu’où et jusque quand ?) et un équilibre de plus en plus fragilisé par cette autre férocité qui relègue, avec son lot de souffrances atroces, les animaux au rang de marchandises exploitables.

Les hommes sont évidemment la cible ultime de cette exploitation qui se cache sous des oripeaux aussi séduisants que destructeurs. On assiste bien à une mécanisation des esprits qui semble tendre vers une pensée unique qui va élaborer, si on n’y prend pas garde, une langue et un langage unique.

A ce propos, l’érection des tours me paraît rejoindre le mythe de la tour der Babel avec ses clonisations à Dubaï, ou à la Défense, ou dans les défuntes Twin Towers de New York. Elaborant l’échelle d’une langue unique, ces nouvelles Babel pourraient monter à l’assaut d’un possible Dieu que la folie exponentielle des hommes rendrait inutile.

Il faut cependant compter avec cette même folie humaine – ou divine - qui récemment a été capable de détruire ce qu’elle avait eu la peine d’ériger et d’emprisonner l’espèce dans une incompréhension pérenne où le langage lui-même participerait à sa propre dévastation de substance et de sens.

calle
calle

MOLOCH INVERSE

Chaque rare fois que je pénètre dans un supermarché je suis prise d’un malaise diffus et le sentiment de devenir une marchandise calibrée, étiquetée, enchaînée à l’intérieur d’un rayon immense et insidieusement doué d’une mobilité factice me serre la gorge. C’est Moloch je me dis, un monstre étalant son pouvoir d’avaler tout porte billets bien dodu qui passe à portée de son appétit insatiable en l’attirant par des leurres rivalisant d’appâts tous plus rutilants, plus chimiquement parfumés les uns que les autres.

Et récemment, après être sortie de ce véritable lieu de débauche non sans y avoir laissé m’arracher un petit morceau de pouvoir d’achat, je me suis dit que j’avais tout faux. En fait, ce Moloch affamé, avide de proies à déplumer, il n’existe que dans mon imagination. Il n’avale rien, il vomit, il faut qu’il vomisse pour pouvoir ingérer de plus en plus souvent, de plus en plus vite, et offrir à ses victimes consentantes, serviles, une nourriture prédigérée aseptisée, élaborée dans ses multiples estomacs et présentée le plus souvent dans des barquettes étanches isolant le possible acheteur d’une réalité qui d’ailleurs lui restera inaccessible même à la maison quand il aura déchiré l’emballage faussement protecteur et lui-même issu d’une espèce de processus industrialisé et ruminé. Je n’en revenais pas d’avoir pu débusquer ce dieu protéiforme à l’instantanéité prodigieuse, et j’ai rejoint au plus vite une porte du magasin pour aller respirer dehors un air moins pollué.

Je ne me fais pas beaucoup d’illusions. Ce dieu inversé aux origines et aux dévastations multiples tapies dans des usines ou des entrepôts, il s’immisce chez les petits commerçants et le marché de mon quartier à coup de crachats et de toux dont il est difficile de se préserver.

C’est là qu’un travail de repérage s’impose. Repérage des produits (quel affreux mot !) issus d’une terre qui devrait bien commencer à s’insurger au lieu de s’affaiblir, repérage de compagnons assez nombreux et prêts à se dessiller pour entamer des actions de salubrité publique et commencer à affamer, en vue de son anéantissement plus ou moins progressif un système qui ne vit que de la production de déchets.

Bon j’arrête..

calle
calle

CONCORDANCE D’AGONIES

Il m’a fallu débiter l’arbre déraciné par la tempête. Et me pencher, curieuse compatissante, sur les branchages que je cassais, sciais, déchirais, les vouant à la cheminée et son creuset de métamorphoses.

Et, à observer m’accordant des pauses la jeune pousse fragile du sommet en chemin vers son dessèchement rapide, il m’est venu de drôles d’idées, de celles qui forcent mon quotidien et déséquilibrent ma vision du monde et celle de mes amis et possibles lecteurs qui, je l’espère et en ris d’avance, vont broncher lors de leurs propres marches.

J’ai ressenti par anticipation l’épuisement de la dernière goutte de sève, et, immédiatement de la commisération pour nous deux, la casseuse et la pousseuse opiniâtre qui, il faut bien l’avouer, bravons la même destinée.

Nous étions, depuis notre conception plus ou moins lointaine, coupées d’un néant protecteur. Et voilà qu’en cours de route, nous avions subi les effets d une seconde coupure, celle du cordon ombilical, et celle imposée par la scie dont je j’alimentais les ravages. Et nous étions, après nos amputations,commensales, promises à une inéluctable mort précédée d’agonies plus ou moins resplendissantes, plus ou moins misérables.

Ce qui ne m’empêche pas an fond du jardin, en catimini et avec un plaisir intense de hûmer le cœur de la bûche exhalant son dernier parfum, et de réfléchir à la recomposition du monde.

.

calle
calle

PISSENLIT

Ces dent-de-lion, ou glorions d’or, ou pichaulits, dardant au cœur de l’été leurs fruits-aigrettes (les savants les appellent des akènes) détachés au moindre vent, au moindre de mes souffles, de leurs parachutes duveteux, semblent avoir décidé de s’approprier mon espace intérieur en y propulsant une de leurs sentinelles.

Je l’observe, fichée sur une cladode de mon figuier de Barbarie, bien installée, jouant l’araignée morte, attentive à s’agripper à une épine solide, blanchâtre, et qui sait à, se fondre, métamorphosée, dans l’univers des glochides invisibles, ces fines épines munies de minuscules écailles en forme d’hameçons qui se décrochent et s’implantent avec acharnement dans la peau.

Il m’a fallu des jours pour la repérer et la ficher dans mes pensées, en me demandant, inquiète, à côté de combien d’invisibilités rampantes ou éclatantes je suis passée, misérable ilote à la traîne des savants bardés de machines monstrueuses qui s’engouffrent dans le décorticage des quarks et des étoiles.

calle
calle

ATTENDRE

Donc Monsieur BESSON, sinueux ministre à la bouche déviée, envisage de créer une « zone d’attente spéciale » qui permettra de maintenir sur « l’ensemble du périmètre de découverte », et ce jusqu’à leur régularisation ou décision d’expulsion, les étrangers en situation irrégulière alors que ces zones d’attente jusqu’à présent étaient limitées à proximité immédiate du point de passage d’une frontière entre la France et un autre pays. C’est un communiqué de l’Agence France Presse du 12 février qui le dit. L’épisode largement médiatisé des 123 Kurdes découverts sur une plage corse et sauvés de l’expulsion immédiate par la justice explique cette proposition de mesure.

Si je comprends bien le communiqué, et si je décrypte correctement le vocabulaire euphémique en vogue, c’est toute la France qui devient zone d’attente spéciale potentielle, élastique, et moi, je m’y balade dès que je mets le nez dehors. Qui sait, d’ailleurs, si ma propre maison, étant donné la radicalisation des mesures de contrôle, et si j’invite à y pénétrer la gitane, ou rom, qui vient me proposer ses paniers ne risque pas de devenir zone d’attente violable et non plus limitée à l’espace public qui m’appartient d’ailleurs ?

Je n’ai pas fini de sainement délirer, de m’inquiéter, de pousser à s’inquiéter mes semblables. Et si j’en viens à mes propres attentes à moi,, révulsées ou agissantes, dans le climat de mondialisation de la peur qui s’installe, et se matérialise avec ces drôles d’instruments de surveillance de plus en plus compliqués, et qui sait de plus en plus vulnérables, je me pose la question : comment faire pour mutualiser ces autres zones d’attentes fraternelles , dans lesquelles je pénètre et m’associe et me démène au gré d’ actions militantes en faveur des immigrés à la déliquance proclamée et subie, alors que leur statut d’homme leur donne le droit d’exister tout simplement, où qu’ils se trouvent ?

calle
calle

MOIGNONS SYMBOLISES

Ma rencontre avec des arbres urbains rognés fait basculer mes pensées vers la caverne où j’accumule un tas de symboles et d’euphémismes plus ou moins précieux, plus ou moins dérisoires..

Privés de leurs branches par des amputeurs qui, eux, manient à leurs extrémités des instruments mobiles exempts de vie propre, redoutablement efficaces, indestructibles, ( sinon attaquables par une rouille que j’espère salutaire dans le temps), ils exhibent leurs moignons trapus cabossés, mis douloureusement à nu , et lancent à mon passage des cris inaudibles que j’ingurgite avec la souffrance de leurs troncs gorgés d’une vie ardente sous leur masque d’écorce et d’immobilité.

Ils me font penser à des hydres aux aguets, une fois leurs branches coupées, et qui n’attendent que les poussées de sève pour faire surgir de fines épées boisées qui vont égratigner le ciel et occulter des monstres qui sait enfin domestiqués.

N’importe, je ne suis pas d’accord. Cette prolifération d’hydres au cœur de l’hiver et de la ville me fait peur. Qu’est-ce qui est le plus maléfique ? L’action massacreuse des hommes avides d’espace désertifié, ou bien mon empathie maladive au bord d’une communicabilité qui risque de conduire mes semblables vers des révolutions ?

..

calle
calle

MUE INTERIEURE

Je pèle, je pèle à l’intérieur. Ce sont des fragments de souvenirs désagréables, vaguement douloureux qui affleurent soudain, perçant le palimpseste épais de la mémoire, égratignant des certitudes que je croyais résolument protectrices. Et voilà que les échecs en petits morceaux, toujours à l’affût de mes carences, se mettent à me titiller avec une espèce de ricanement muet, à provoquer des démangeaisons que je gratouille avec l’espoir insensé de les éliminer pour de bon. Tout ce que je réussis, c’est de tenter – en vain c’est évident - de les rassembler en bouillie, de les écrabouiller enfin informes sur le support de mots que j’espère acculer à la servilité et qui résistent, Dieu merci..

+

calle
calle

LE MAS PERDU

C’est ce lieu isolé au pied des Cévennes où nous décidâmes, Luce et moi de retourner après un premier séjour de mars où nous avions, avec délectation et fatigue, sillonné les sentiers de la garrigue jusqu’à nous perdre au bord des ravins et de la nuit.

Cette année nous y sommes retournées fin septembre pour déguster les dernières tomates dont nous aimons nous gaver et les fruits d’automne, car il faut vous dire que ce Mas Perdu, propriété d’une famille issue d’un pasteur et de sa femme, propose une nourriture succulente (les légumes, les aromates sont cultivés sur place) qui nous a fait devenir, et sans retour, végétariennes confirmées avec, il faut bien l’avouer, une tolérance pour la chair animale que nous ingurgitons avec un plaisir transgressif bien réel quand nous sommes invitées. Le Mas Perdu jouit d’un silence épais, saisissant, dont la douceur vous enveloppe dès l’arrivée. Il ne reste plus qu’à s’installer – nous étions hôtes payantes – dans des chambres rustiques, avant de rejoindre, pour les repas que nous avions demandé de prendre en communauté (et non plus de rester isolées, toutes les deux, à une table, comme lors du premier séjour) une « faune » humaine hétéroclite, , où se côtoyaient autour de la table des êtres disparates - un autre pasteur et son épouse d’origine tahitienne réchappée d’un cancer, une Isabelle mature en rupture de mariage et déboussolée venue chercher ici un improbable équilibre, un homme massif, jovial, survivant d’un accident où il avait perdu femme et enfant et flanqué d’une compagne étrange, à la coiffure extravagante, plus âgée que lui, possessive à l’excès, et l’on sentait entre eux un lien indestructible, un guitariste efflanqué ancien tuberculeux, un propriétaire voisin et sa femme brésilienne et les résidents permanents du lieu, la veuve du pasteur, une kinésithérapeute, une animatrice de radio locale, et quelques autres dont le statut social nous a échappé.

Cette communauté résolument protestante, des Adventistes ( nous sommes au pays des camisards) - participe, lorsqu’elle vient en visite, aux nombreux travaux de la terre dans les serres et les jardins, les poulaillers, il faut aussi nourrir les chevaux et l’âne, et les abeilles quand le butinage a été ladre, et, sauf en été où sont privilégiés les hôtes payants, sont hébergés et nourris, contre du travail, des êtres en difficulté, envoyés souvent par les services sociaux pour tenter de se reconstruire.

Désireuse de m’intégrer à cette effervescence et malgré ma demande, je n’ai pu travailler dans le potager, et me dissoudre dans cette atmosphère de ruche où s’anime une noria de visiteurs. Luce et moi avons grappillé les dernières figues, dégusté les tomates juste arrosées d’un filet d’huile d’olive, savouré les boulettes brésiliennes confectionnées avec la polenta qui restait du précédent dîner, et aussi la soupe au pistou, les salades juste cueillies, les sauces et les herbes, les desserts improvisés quand le temps manquait pour fabriquer les gâteaux et les crèmes à peine sucrées.

Notre séjour a privilégié l’exploration des êtres vivants qui nous entouraient. Nous sommes bien retournées dans la garrigue pour y faire provision de thym et de paysages sauvages, mais les moments forts dans cet automne ensoleillé et sec furent rares et denses

Tout d’abord une virée inattendue dans le véhicule aussi massif que son chauffeur vers le musée du Désert, haut lieu de l’histoire des camisards, et le plaisir de rire avec cet homme meurtri depuis longtemps, immédiatement en phase avec tous les enfants rencontrés en chemin, tonitruant, et d’une patience infinie avec une compagne inquiète, sauvage, que nous avons fini par quelque peu apprivoiser.

Et les soirées improvisées où le pasteur, sollicité par la maîtresse de cérémonie, tentait de nous débiter un sermon immédiatement contesté par une Isabelle en rébellion ouverte, où le maigre guitariste nous régalait de musique andalouse, où nous avons chanté en chœur des hymnes au Seigneur, parfois en hébreu, où nous avons regardé une docu-fiction sur la reforestation du mont Aigoual proche, où nous avons participé, étonnamment, à la chaleur de cette mini-société à laquelle nous n’aurions pas crû possible, de notre lointaine Touraine, de nous intégrer. . Et la rencontre festive, au local des Adventistes dans la fine ville d’Anduze au bord du Gardon où je me suis trempée plus tard, avec des Juifs-Chrétiens. L’occasion inattendue pour apprendre en rond,au son d’un orchestre vivifiant ,quelques danses traditionnelles juives entraînées par une gracieuse professeur mordue de rythme.

Voilà quelques touches, ou miettes, d’un séjour dont Luce et moi nous régalons encore. Il faudrait exalter plus avant la saveur des mets et de l’accueil, mais ça sera peut-être pour une autre fois.

Jacqueline et Luce.

calle
calle

RETOURNEMENT FANTAISISTE D’UN MYTHE

ZEUS, atterré mais fidèle à sa promesse, autorisa sa maîtresse mortelle Sémélé à s’approcher de lui dans toute sa gloire, et elle fut anéantie dans la foudre et les éclairs.

Près de mon four et de mes allumettes, je suis déesse. J’enflamme le brin de bois et le regarde s’abîmer dans la flamme qui s’approche, avide de goûter à ma peau. Toute puissante, je peux annihiler d’un souffle cet avatar du bois consumé.

Face à face nous nous affrontons jusqu’au moment ultime où la flamme s’éteint . Mais je ne saurai jamais si mes pores ameutés ont repoussé le feu, ou bien si c’est le feu qui a reculé, provoquant son propre anéantissement au lieu de se métamorphoser en brûlure et ses séquelles harmonieuses. .

.

calle
calle

TOYOTA et GIACOMETTI

Je vois des symboles partout. Une prolifération qui me cerne et me piège au cœur de cet état du monde en décomposition, peut-être en reconstruction, il faut bien essayer de rêver.

Commençons par Toyota, ses pédales et ses freins. Un constructeur fragilisé par ses propres innovations hybrides. N’est-il pas évident que le système ultra-libéral dans lequel nous vivons, ou vivotons, se laisse grignoter par les déficiences de ses organes aussi bien d’ accélération que de ralentissements peureux ?.

D’un côté la tendance frénétique à produire de plus en plus vite de plus en plus d’objets voués à la fois à une utilité probablement éphémère et à une inutilité délétère bloquée dans son emballement. (Incidemment, un bon exemple pourrait être le téléphone portable, seul objet pris comme exemple phare de produit utile**, symbole de bien-être, par Eric Woerth notre ministre du budget lors de l’émission au cours de laquelle Paul Jorion, notre anthropologue voyant à la suite du poète, a eu la parole) Donc si nous revenons à Toyota à, cette pédale d’accélération bloquante entachée d’une tendance possible à user de façon erratique d’une liberté qui nous est de plus en plus contrôlée, elle n’est rien d’autre à mon sens que le symbole d’une course incontrôlée vers un mur fracassant. Et le frein, ce ralentisseur qui se met à renâcler,n’est que son pendant miroir, lui non plus ne répond plus , image de cette société incapable de réguler sa propre vitesse.

Et puis il y a Giacometti et son Homme qui marche avec ses pieds informes, monstrueux, se dégageant de la lourdeur de la gravité... Un homme de bronze qui, aux dernières enchères, a été vendu à un prix extravagant . Il continue de marcher, homme symbole filiforme, tendu de biais vers un avenir que la pesanteur de l’argent qui l’enrobe ne parviendra jamais à freiner, ni à précipiter vers la vitesse de la lumière que les physiciens s’entêtent à explorer dans l’espoir de la domestiquer.

Pour ma part, je vais continuer ma chasse d’autres symboles au risque d’être happée moi-même et de me perdre dans des trous noirs réducteurs de lucidité, ou bien la nourrissant d’une bien curieuse et fertilisante morbidité..

** utile, mais désormais porteur d’une technique qui permet de le transformer en objet espion

calle
calle

fable psychanalytique

C’était comme un oignon emmitouflé de peaux pour un hiver rude.

Mais l’hiver était dans l’oignon qui hurlait avec des orages et qui sifflait avec des bises qui se taisait avec des neiges.

Et plus l’oignon se pelurait, plus l’hiver s’engrossissait bien à l’abri dans son couvent de moine veuf, le dernier de sa race.

Il y proliférait, il congelait les jeunes pousses rencontrant ses saccages. Il s’endormait de temps en temps. Pas pour longtemps. Ses réveils étaient des tornades malignes qui cancérisaient l’univers.

Jamais hiver ne fut plus triomphant que dans cet oignon imbécile qui se barricadait du froid et qui s’épouvanta.

Allait-il finir en tempête cornée comme un hyppopotame vieillard et révolté à la fin de ses jours ? Allait-il perdre son identité de racine odorante, nourrissante et se transmuer en ortie ?

Il alla voir un médecin. Un médecin psychanalyste jeune, brun, maigre, d’une élégance affinée, semblait-il, par la pratique régulière d’un art aussi ambigü que subtil.

Mais ce docteur ne disait mot. Grave défaut pensa l’oignon qui avait dévoilé ses symptômes et qui s’impatienta. Allait-il devant cette carpe au sourire et au bâillement aussi étouffés l’un que l’autre parler par demi-heures minutées durant un siècle sans l’entendre diagnostiquer ? Allait-il près de cette araignée bien installée au beau milieu de sa silencieuse toile laisser s’engluer sa parole déconcertée sans exiger de traitement ?

Il cria, pleura, implora, il sanglota, il menaça de s’en aller, il resta, il parla. Chacun de ses discours se mit à se tailler une étroite coulée dans des buissons de ronces ambitieuses, entraînait des épines et s’en fertilisait, perçait une surface, éraflait une peau, s’en allait se jeter, enfin, à l’oreille de l’homme qui en face de lui se taisait.

Que fallait-il donc lui donner en pâture pour qu’il ouvrit la bouche ? L’oignan s’étrangla de colère, fit une boule serrée de ses fantasmes, de ses rèves, les cimenta de ses désirs bas, en bombarda le thérapeute.

Il y gagna de s’allonger sur un divan. Il s’étonna. Le divan était profond comme un lit de volupté mais son alentour était nu. Pas un tableau pas une fleur, plus un regard où pouvoir amarrer ses pensées. Des rideaux le coupaient des appels des arbres.Le silence, qu’il défia en de singuliers combats, fuyait, se liguait aux meubles immobiles, aux murs lisses, à l’homme assis derrière sa nuque pour l’acculer aux mots.

Il fallut bien tirer les paroles de leurs fourreaux à la dernière mode parés, pour attaquer. Une peur tira des sueurs chaudes de ses doigts. Puis la peur s’évapora révélant une source profonde qui coulait vers des puits. Il la suivit. Les paroles se fluidifièrent, l’entraînèrent vers des cercles luisants. Des caillots de discours lui restaient encore dans la gorge qui le forçaient à s’allonger parfois, pour haleter, sur des lits d’écheveaux de silences. Lorsque les écheveaux moisissaient sous son poids il repartait.

Or, un jour qu’il dévalait une abrupte cascade du haut d’un mont velu et qu’il érodait de ses plaintes un énorme rocher, une bise le refoula en pleine chute. Il en prit plein sa gueule d’oignon. Des rafales de phrases du nord lui soulevèrent de profondes pelures llaissant à découvert, et pour de bon, la chair où des rangées de lèvres insidieuses s’ébauchaient. De nouveau il cria, voulut sceller les lèvres de torchis de fantasmes. La tempête redoubla, hurla, puis s’éloigna après un sac dévastateur de mongoliennes rêveries et de racines tordues. Une gitane passant par là pansa ses plaies avec adroite gaucherie. Il outra son salaire puis égara ses talismans.

Alors, il lui fallut cultiver ses brèches, défricher de fraîches cavités où déjà des herbes folâtres s"ébattaient. La tâche était ardue, la glaise dure, les larves bien enfouies. Il était dans son âge mûr pour un oignon de pleine terre. Devenir paysan était rude. Il apprit à bêcher, à porter le fumier dans des failles, à semer, ratisser, transpirer. Les orties crachaient des graines derrière son dos au milieu des semis d’oeillets. La vrillère consolidait des tiges sous ses pieds. Quand il se retournait sur son are des forêts de chiendent le toisaient.

Il jalousa des champs limitrophes où des docteurs et des ouvriers s’activaient. Il les imaginait encore, absurdement, stériles de ronces et d’orties. Peu à peu il reconnut la connivence entre le bon grain et l’ivraie. Des jardiniers lui enseignèrent la patience des arbres. Quand, à l’automne, il décida de s’amarrer à une bêche, l’effort maçonna les contreforts, étais de sa guérison.

Il attendit l’hiver dans une pelisse nouvellement cousue. Avec délice il s’engloutit dans les brumes de nouvelle lune. S’il souffrit encore du froid ce fut avec combat. Des haies abritèrent ses suées. Des soleils languides caressèrent des bises sous son nez, des neiges sans vergogne étalèrent leur fécondité.

Il sut vivre et mourir dix mille fois par jour, il respira.

calle
calle
Articles les plus récents

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 |...