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EROS MORDORE

samedi 1er juillet 2006, par JH

le second de la série

La splendeur des blés coupés et des foins m’inonda, emietta le pare-brise affolé comme une boussole. Jamais le soleil n’avait gagné des aires plus évidentes d’accroche-lumière. Des blessures mécaniques avaient libéré puis compressé des cris d’or qui se sauvaient en sillonnant les pores, fouillant les nerfs pour y anéantir les morts-frissons.

Je conduisais. A mon côté un homme partageait le voyage et ma vie. Il était plus sensible au grain de ma peau qu’à la mort sublimée des épis. Il passa le bras derrière mon cou, me tira un cheveu. Une conjonction naquit de l’herbe et du geste qui m’embrasa dans tous les sens. Les astres rassemblèrent leurs manteaux bénéfiques, me couvrirent d’attifiaux mellifères. Immédiatement je secrétai des ondes réciproques. La main visita son domaine excité posément, alluma des foyers dans quelques friches desséchées qui prospéraient encore, mata des sources exaspérées qui s’épanchèrent secrètement. Des fleurs, des cris, des gémissements en graines les captèrent pour leurs métamorphoses. Le terrain entier se rassembla dans un désir d’incendie et de sac des champs où les tiges étouffaient d’aise jaune. Il lui semblait qu’un ravage radical d’une des causes implacables du rayonnement qui le traversait dissoudrait cette braise chemineaude occupée à trouver des abris bouillants dans ses replis les plus cachés.

La tension décrut avec les nuages et les bizarres solutions de continuité des maisons et des êtres entassés sur des aires s’obscurcissant. L’étrangeté du monde atteindrait bientôt la nuit. L’homme insoucieux des épis eut un rire clair qui fit culbuter quelques secondes en arrière. Gavée d’attouchements brûlants ou lumineux j’eus la nostalgie d’incandescences définitives qui rotiraient à point les vérités.

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