Accueil > MĂ©li MĂ©lo > PAN DE MAROC (2)

PAN DE MAROC (2)

dimanche 26 février 2017

PAN DE MAROC (2)

Une construction qui sera, contrairement Ă la linĂ©aritĂ© du premier rĂ©cit, plein de disgrâces, un essai de bouillonnements, de faits, d’ardeurs, de misères et si possible de mots,

Les troncs Ă©normes, au bord de la route, avaient subi l’arasement complet de leurs branches. La vie n’en pouvait plus de cet enfermement Ă©troit, elle avait Ă©clatĂ© en une multitude de tiges qui, Ă leur tour, donnaient naissance, Ă prodigieuse vitesse, Ă des feuilles tendres, vivaces, qui mourraient au soleil,

Plus loin, dans un village ou une mĂ©tropole s’Ă©talaient les bidonvilles, citĂ©s dans la citĂ©, de cartons et de tĂ´le ondulĂ©e, oĂą le mouton entravĂ© survivait Ă la porte de chaque cabane, en attendant le sacrifice, Des brassĂ©es d’enfants en haillons en sortaient, colonies vives sautant et courant, qui mourraient aussi au soleil après des mĂ©tamorphoses en adultes ou en infirmes, Mais en leur Ă©tat de chrysalides animĂ©es ils dansaient et sautaient, jouaient avec leurs constructions, boĂ®tes de sardines roulant sur deux boites de lait concentrĂ© qui avaient perdu leur fond et couvercle, mues par des fils de diverses natures, Comme des oiseaux ils approchaient de l’Ă©choppe du marchand de graines quelques sous dans la paume et repartaient, lestĂ©s des pois chiches du repas familial ou de cacahuètes grillĂ©es sur un bidon plein de braises,

Apparaît par inadvertance, la petite fille adoptée, bouillante de vie, naissante àla mer aux vagues et au sable, et pour laquelle le monde est un cadeau de choix,

Une bulle nouvelle était sortie du ventre de Malika, La bougie sur le large rebord de la fenêtre éclairait doucement la nativité qui se reproduisait avec frénésie sur tous les continents, La petite momie ficelée dans un linge blanc dormait, se reposait du passage ardu, le kohl soulignait ses yeux, ses sourcils et sa bouche,

Dans les vergers des figuiers luttaient, PlantĂ©s collĂ©s par deux ou par trois ils se tuaient ou bien, condamnĂ©s Ă l’entrelacement, montaient ensemble, troncs confondus, nœuds gordiens desquels naĂ®traient les fruits au ventre velu,

Repos, La nuit, Les femmes prĂ©parent le henneh en pâte grise, Ă©paisse, s’emparent de mes pieds et de mes mains supports de crĂ©ation, La pâte est travaillĂ©e Ă mĂŞme la peau, modelĂ©e, coupĂ©e en pièces, humectĂ©e de salive, appliquĂ©e en ronds, en losanges, en triangles, en Ă©toiles, De nos corps suintent le plaisir, des salives sifflent doucement, des fantĂ´mes de chercheuses de poux rodent, Pieds et mains emmaillotĂ©es de chiffons, impossible de trop bouger, Les querelles et les haines diurnes sont assoupies, S’Ă©pand la fĂŞte au son des tam-tams, la parade du thĂ© et des paroles douces, l’excrĂ©tion des ardeurs hors du chant et de la danse, catharsis que j’observe, enveloppĂ©es de fripes, jachère qui absorbe les ondes comme des graines, les enfouit pour un travail souterrain qui avortera ou fera sortir un arbre ou une herbe malade, Sarah rejette les chiffons et embrasse la plante de mes pieds dĂ©corĂ©s,

Ă suivre

Répondre à cet article

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0