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PAN DE MAROC (2) Suite une

mardi 28 février 2017

PAN DE MAROC(2) – suite 1

L’enfant vendeur de colliers de coquillages passe et passe devant le marchand de mechoui, Il ramasse des miettes calcin√©es, les fourre dans sa bouche, Un vieillard approche, ramasse un grain de raisin, le fait partie de son repas,

Plus loin le beau tripier qui a perdu ses incisives arrange son √©tal, Le foie, le cœur, les tripes sont recouverts d’une d√©licate dentelle de graisse, drap√©e avec soin sur les abats, √©tui pour les brochettes prochaines,

Carence de vaccin, d’hygi√®ne, Le virus frappe o√Ļ et quand il eut, Une g√©n√©ration d’enfants est travers√©e, suivant une trajectoire myst√©rieuse, dont la trace ne dispara√ģt qu’avec la mort,Le jeune infirme aux deux b√©quilles plaisante avec le petit cireur de souliers qui lui propose de cirer ses √©normes proth√®ses,

Dans la ferme une femme m’entra√ģne derri√®re un baraquement pour uriner loin des hommes Une poule et ses poussins h√©sitent √ se glisser sous ma robe pour go√ »ter de la qualit√© de cette source nouvelle n√©e devant eux,

Les poules et les chiens volent le pain dans la main des b√©b√©s, Les chats abandonn√©s, affam√©s commencent √ attraper les pigeons,

Cours des choses qui m’affleure, m’irrite doucement, Je me gratte sur le papier,

Marché, Les deux têtes de moutons accolées dessinent un chapiteau contre le soleil, Le vendeur patiemment éloigne les mouches avec un plumeau,

Dans le champ le petit berger est assis contre le soleil, Les moutons paissent jusqu’aux racines, innombrables pour l’abattoir,

Sarah sort ses mamelles ridées, pendantes, pour les jumeaux de six mois,
elle est en train de fabriquer un huiti√®me enfant, Les cuisses, le visage sont intacts, Nue, elle se lave la derni√®re dans l’eau du bain des a√ģn√©s, L’eau est rare depuis trois ans, oublie ses nappes africaines, engorge des sources blanches,

Repos, le soir, Les ma√ßons campent dans la maison en construction, L’apprenti a mont√© les sacs de ciment sur deux √©tages, toute la journ√©e, Epuis√© il s’endort sur une natte une fois le rago√ »t aval√©, Les ouvriers pr√©parent le kif m√©lang√© au tabac fort, La fum√©e envahit la pi√®ce, transporte des √©tincelles, √©toiles filantes de r√™ves boursoufl√©es, Un homme prend la guitare √ deux cordes, baroque, Le Maroc rauque ardent, plaintif, s’exhale du corps de l’instrument, bidon crev√© √ dessein, avec une fine planche de coffrage pour manche, et deux clefs rustaudes pour tendre les cordes de fil de fer, Un morceau de plastique les fait vibrer, La nuit se condense dans la pi√®ce close, brumeuse o√Ļ les m√©lop√©es volettent autour des corps r√©tifs au repos, et qui laissent s’exhaler les chants jusqu’√ l’aube,Alentour la construction a disparu, d√©risoire,

Le dernier client est parti, A la porte de son √©choppe le coiffeur s’est accroupi devant un minuscule pot rempli d’eau, D’abord il se lave les mains, puis le visage, les oreilles et soigneusement les pieds, Il s’assoit sur une chaise, lit un vieux magazine , indiff√©rent au ballet des deux vendeurs noirs aux √©paisses l√®vres, qui dansent autour de leur bidon de braises,

A suivre

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