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transplantation

samedi 27 mai 2017

TRANSPLANTATION

Je l’avais donc déraciné,

Je n’avais pu me résoudre à abandonner (ou plutôt redonner une liberté aléatoire, ou une sujétion à un nouveau propriétaire) ce rosier ancien et avais décidé de le transplanter dans le jardin de ma maison citadine,

Il végéta à l’abri d’un mur pendant quelque trois ans, excrétant des bourgeons qui refusaient de s’ouvrir, me laissant dans un état de manque vaguement entaché d’un sentiment de culpabilité à l’égard d’un végétal que j’avais, sans vergogne, privé d’un terreau natal et transporté dans une terre d’exil suspectée de probables mauvais traitements,

Que faire ? Dans un sursaut d’humeur, je décidai d’abréger la survie languissante de mon rosier et me mis avec une certaine rage à le déraciner (pour la deuxième fois et je n’en suis pas fière) , avant de tenter de l’oublier, Il était plus important de surveiller et nourrir les arbustes vigoureux de mon jardinet pour alimenter mon plateau de fruits frais et mon arrogance de jardinière inspirée,

Il se trouva, quelques mois plus tard, que je repérai une mince tige rescapée, et, ignorante magnanime, la négligeai, la laissant cheminer seule vers sa propre disparition,

Elle m’ignora elle aussi dans sa lente course têtue, cachée, vers sa prolifération annuelle de rameaux jusqu’à ce bel été où l’arbuste ressuscité explosa en une multitude de corolles agglutinées impatientes de leur floraison quasi indécente, favorisant les promesses de bourgeonnements, Les abeilles et les faux bourdons disparaissaient dans leur cœur pour y puiser une semence de miel et, subjuguée, pétrifiée, je me noyais et larmoyais de plaisir et d’émotion devant des pétales soumis à une mort joyeuse et qui semblaient , avant de tomber ; offrir en sacrifice au soleil les bourgeons cachés, libérés d’une ombre avare de ses futurs boutons et reléguée dans une coulisse tapissée de feuilles,

La magie dura des semaines, alimentant ma faim et soif de calices, et je négligeai presque d’aller rendre visite, au plus fort de l’ensoleillement, à la bouillée de fleurs de trèfles épanouies qui s’était installée à mon insu, loin du rosier, et sa rivale en nuances agglomérées qui calmaient ma voracité de couleurs,

La leçon apprise et retenue, je commence à respecter, à trier les herbes, au lieu d’en faire un massacre journalier, Une passivité créatrice me guide vers une tolérance diffuse qui retient ma main quand elle obéit à un acharnement incongru, et, la nuit venue, au bord de l’endormissement, je me remémore ce récit fondateur d’éternité,

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