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KADER ATTIA 2

mardi 4 juillet 2017, par JH

KADER ATTIA 2

Impressions d’une exposition

Jamais une telle fringale de visites ne m’avait possédée et dirigée avec obstination dans un lieu d’expositions, Il me faut y retourner encore et encore pour me laisser pénétrer de bas en haut par ces bandes de tôle ondulée arrachées des masures et des décharges posées en tous sens sur le sol pour y être foulées avec peine Une peine qui a disparu peu à peu à mesure que mes pieds et mes jambes s’habituaient aux ondulations et à leurs bords acérés et finissaient par réveiller, avec une douceur obstinée, des réminiscences de mes voyages au Maghreb et des séjours à ma ferme familiale de mon mari arabe maintenant disparu Je m’y étalais sur les divans des chambres des belle-sœurs et cohabitais avec les puces voraces avides de mon sang d’occident

Je redoute la fin encore lointaine de l’exposition et l’usure possible de ma fascination pour ce Kader citant Michel Foucault, excitateur des malaises qui me taraudent et me font tituber dans ce monde Mais des destructions maladives, en marche dans notre civilisation absurdement globalisante, sourdent aussi des richesses débusquées par les créateurs et je suis là pour m’en emparer

Alors je m’installe (après avoir contemplé et refréné mon envie de la toucher la représentation de la ville de Gardhaia en semoule) devant les deux courtes vidéos offertes par l’artiste en vision continue avec sa caméra fixe

D’abord « Oil and Sugar », longuement élaborée nous dit l’artiste, où un cube imposant de morceaux de sucre aspergés de pétrole s’écoule proprement, qui sait un avatar de ces immeubles de banlieue voués à la destruction verticale, spectacle dérangeant et lancinant qui rappelle que nous sommes les « serviteurs volontaires » (c’est La Boétie qui le dit dans son fameux discours) de ces brillantes matières blanches et noires, consommables à outrance et symboles de notre sujétion à la dangereuse déliquescence en cours dans le monde

Et puis, en contrepoint, « le joueur de oud » dont l’artiste fixe d’abord en gros plan le torse et le ventre au sexe au repos, et je voudrais devenir le oud que le vieux joueur dans un paroxysme énamouré enrobe de ses gestes, de sa sage sexualité, de sa douceur qui me projette dans le souvenir du mari ardent qui faisait entrer le monde entier dans mon ventre

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