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RIEN, COMMORIEN ?

vendredi 14 juillet 2017

Rien¬ ?Commorien¬ ?

Monsieur le président de ceux qui ne sont rien,

Je me permets de vous √©crire (m√™me si ce n’est qu’en pens√©e) parce que je n’arrive pas √ me situer, sur la ligne de vos discours et d√©clarations,entre ceux qui r√©ussissent et ceux qui ne sont rien Voil√ pourquoi j’ose ces quelques lignes h√©sitantes pour me clarifier les id√©es

A voir et admirer votre visage lisse et satisfait, je pense que vous vous situez parmi ceux qui ont r√©ussi Je ne pourrais pas en dire autant √ examiner mon visage chiffonn√© dans la glace Est-ce que √ßa peut vouloir dire que je suis dans le sillage de ceux qui ne sont rien¬ ?

Et qu’est-ce que vous voulez dire, par rien¬ ? Et qu’est-ce que vous voulez dire par r√©ussir¬ ? Vous avez l’air de ma√ģtriser le langage¬ , m√™me si parfois (m√™me souvent √ mon avis) vous articulez des mots qui me semblent loin de la r√©alit√© ou bien qui ont d√©form√© cette r√©alit√© Est-ce que vous subiriez l’influence de certains ma√ģtres √ penser et √ cr√©er des richesses v√©nales assez habiles pour vous manipuler √ leur profit, ce qui reviendrait √ dire que vous vous rapprocheriez dangereusement d’un ¬« ¬ rien¬ ¬ » bouffi qui vous encha√ģnerait dans une servitude dor√©e et volubile¬ ?¬ ¬ » Je n’ose le croire

Et puis ces riens que vous avez semble-t-il c√ītoy√©s dans les gares , que savez-vous de leur conception de la r√©ussite ? Les avez vous interrog√©s¬ ? M√™me si je ne voyage plus parce que l’√Ęge me conduit doucement √ une immobilit√© qu’il m’appartient maintenant de domestiquer , de fouetter, de caresser , de triturer, de presser comme un citron pour en extraire le suc revigorant de la pens√©e, je me pose, comme c’est mon habitude inn√©e, beaucoup de questions sur ces gens qui ne seraient rien Je soup√ßonne que vous voulez dire qu’ils n’ont pas acquis une position confortable de fortune dans le cadre rigide de la soci√©t√© lib√©rale o√Ļ nous vivons, si ce n’est survivons

Et c’est l√ o√Ļ j’achoppe sur votre pens√©e que vous nous pr√©sentez comme ¬« ¬ complexe¬ ¬ » Je la qualifierais moi, l’ignorante, la p√©dante, par rapport √ ma propre pens√©e simpliste, de pauvre, pauvret√© rev√™tue de luxueux oripeaux hors de la port√©e de mon porte-monnaie et aussi de celui de ces gens des gares qui, je le sais, renferment dans leurs entrailles et sous leurs v√™tements pr√™ts √ porter des tr√©sors Mais je suis probablement trop extr√©miste Il me vient √ la m√©moire ne fable dont j’ai oubli√© l’origine¬ l’ Am√©rique du sud je crois¬ : c’est un ermite dans la montagne , r√©put√© pour sa sagesse et surtout son pouvoir faire √©clore dans le creux de sa main une fleur Alors tout le monde vient en p√®lerinage et lui demande d’accomplir le miracle sous leurs yeux, Il ne dit rien, il reste coi Toute la soci√©t√© , du plus pauvre au plus riche d√©file, demande, supplie √ genoux, menace, l’accuse de mensonge rien n’y fait, L’ermite reste immobile, et silencieux Alors la soci√©t√©, lasse, m√©prisant cet imposteur qui ne tient aucune des promesses qu’elle a invent√©es rebrousse chemin en ricanant

Et quand tout le monde est parti, l’ermite ouvre son poing et observe le bouton de rose miraculeux qui, sur le terreau de sa paume , s’ouvre

Je termine, pr√©sident des gens qui ne sont rien avec ces quelques mots d’Henri Michaux¬ :

¬« ¬ Souviens toi
Celui qui acquiert, chaque fois qu’il acquiert, perd¬ ¬ »

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