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LUCIOLE

samedi 22 juillet 2017

LUCIOLE

Je la regarde se d√©shabiller pour rev√™tir sa tenue de peintre d’int√©rieur Elle vient repeindre mon salon et gagner ainsi une somme substantielle qui va combler un manque cruel de revenus pour la nourrir elle et ses deux filles Sa situation s’√©tait d√©t√©rior√©e il y a plusieurs ann√©es lorsque le gouvernement fran√ßais a annul√© les autorisations de s√©jour des √©trangers, les privant ainsi du droit de travailler Depuis six ans, Luciole a de nouveau un permis de s√©jour, mais le travail se fait rare

Je regarde son corps plantureux d’africaine noire, √ la peau lisse √ mon toucher, que la vaste cicatrice sur sa poitrine n’arrive pas √ enlaidir Elle est arriv√©e en France pour une op√©ration √ coeur ouvert, prise en charge par un couple fran√ßais de passage dans son village, l’expatriant d’urgence et la sauvant d’une mort programm√©e Elle est l√ pour une surveillance constante

J’ai ainsi d√©couvert Luciole et ses danses tchadiennes dans un th√©√Ętre de Montlouis, D√©but d’une amiti√© intermittente, cahotante, nourrie avec parcimonie de mes r√©ticences √ m’engager plus avant dans une relation que je craignais trop lourde, envahissante Le s√©jour de trois mois d’une mauritanienne sur mon territoire aurait pourtant d√ » me gu√©rir de cet √©go√Įsme tenace qui avait r√©sist√© √ plusieurs s√©jours en Afrique et en Asie pendant le temps de ma vie active, Mais non Des valeurs v√©nales collaient √ ma peau Une cohabitation d’une semaine pour cause de blanchiment de murs en vient √ bout √ mon entr√©e dans l’√Ęge qu’on dit grand Il √©tait grand temps La solidarit√©, la g√©n√©rosit√©, dont j’avais cru donner des preuves ind√©niables jusqu’alors, me parurent d√©risoires en comparaison avec celles de Luciole, aussi vastes que sa cicatrice, et tourn√©es vers l’autrui absolu

La m√®re de Luciole a perdu sa premi√®re fille, et deux gar√ßons sont n√©s, Enfin Luciole tant attendue est arriv√©e , dont le nom signifie¬ en patois africain : j’ai trouv√© mon corps La m√®re de Luciole s’appelle¬ : la mort n’a pas de piti√© et son p√®re¬ : la urichesse suffIt au roi Insolite cohabitation du langage tribal avec celui de la religion catholique qui a donn√© aussi un nom d’occident aux chr√©tiens en minorit√© dans le pays musulman tchadien

J’explore mes propres carences avec Luciole la lumineuse, Je re√ßois les √©clats de rires de cet √™tre dont j’envie les certitudes nourries de religion, moi la p√©trie d’angoisses qui claudique √ la surface d’un globe glissant qui me fait d√©raper et me cogner √ cette belle danseuse dont j’absorbe les le√ßons Elle n’est pas consciente de son pouvoir sur moi la cultiv√©e, la f√©rue de pierres des champs sculpt√©es par la nature et ramass√©es, accumul√©es dans des paniers la n√©gligente du m√©nage, l’intellectuelle qui √©crit des articles qu’elle ne lira jamais

Que vais-je faire de ce nouveau savoir qui me fait buter sur les pierres aig√ľes de mes connaissances¬ ? Luciole est l√ peut-√™tre pour engendrer une reconstruction inattendue

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